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Refonte d’identité visuelle : les 6 étapes (et quand vraiment se lancer)

Fred Desurmont


La scène est connue : une marque bosse son offre, affine sa cible, monte ses tarifs… mais son identité visuelle traîne encore avec le vieux logo bricolé en 2019 et une palette de couleurs qui sent le template PowerPoint. Côté client, le décalage se voit tout de suite. Les signaux envoyés par la communication visuelle racontent une entreprise d’entrée de gamme, alors que la réalité est montée en gamme depuis longtemps. Soyons honnêtes : dans ce cas, ce n’est pas la stratégie qui plante, c’est la vitrine.

Le vrai sujet n’est pas « comment faire un joli design graphique », mais « à quel moment une refonte devient indispensable pour que le branding colle à la stratégie de croissance ». Entre un simple rafraîchissement de charte graphique et un rebranding en règle, la frontière est fine et les conséquences ne sont pas les mêmes. Microsoft qui ajuste son logo tous les dix ans et GAP qui se fait lyncher sur les réseaux après une refonte ratée, ce n’est pas la même histoire. Derrière ces mouvements se cachent surtout des questions de positionnement, de timing et de prise de risque.

Mon angle là-dessus : une refonte d’identité visuelle n’est ni un caprice esthétique, ni un rituel obligatoire tous les cinq ans. C’est un outil stratégique pour réaligner ce que la marque est vraiment avec ce qu’elle montre partout, du packaging au site web. Encore faut-il savoir repérer les bons signaux, choisir entre refresh et rebranding, et dérouler les bonnes étapes pour ne pas perdre la reconnaissance durement gagnée. C’est précisément ce que ce guide démonte, exemples à l’appui, de Starbucks à Burberry en passant par une PME fictive qui ressemble beaucoup à vos clients internes.

En bref

  • Refonte vs refresh : on ne redémolit pas tout à chaque fois, la plupart des marques gagnent plus à ajuster leur identité visuelle qu’à repartir de zéro.
  • Les bons signaux pour se lancer : activité qui a pivoté, cible qui a changé, image datée, incohérence des supports, perte de pertinence face aux concurrents.
  • Les 6 étapes d’une refonte d’identité visuelle maîtrisée : audit, bases stratégiques, nouveau territoire de design graphique, charte graphique, déploiement, puis contrôle.
  • Timing et budget : une refonte touche bien plus que le logo, il faut anticiper tous les points de contact avant le lancement pour éviter la facture surprise.
  • Quand ne PAS se lancer : lassitude personnelle, effets de mode ou jalousie de la refonte de la marque d’en face sont les pires déclencheurs possibles.

Refonte d’identité visuelle : bien faire la différence entre refresh et rebranding

Petit retour d’agence : neuf fois sur dix, le premier réflexe d’un client qui dit « on veut un rebranding » est en réalité une demande de rafraîchissement. Le logo tient encore la route, mais il a vieilli graphiquement. La typographie manque de caractère, la palette de couleurs n’est plus au niveau, la cohérence se perd sur les réseaux. Ce qu’on appelle un « refresh », c’est précisément cette mise à jour tactique de l’identité visuelle sans changer le socle de la stratégie de marque.

Côté création, on appelle ça travailler avec un ADN existant. L’exemple Microsoft, logos successifs de 1975 à aujourd’hui, illustre bien cette logique. La marque n’a jamais changé de nom, la structure reste reconnaissable, mais le design graphique se simplifie, les couleurs se modernisent, l’ensemble devient plus numérique. Le fond reste, la forme suit l’époque. Starbucks a fait pareil avec sa sirène en l’épurant progressivement, tout en gardant un repère visuel fort.

À l’inverse, le rebranding, le vrai, consiste à transformer l’image au point de modifier la perception profonde de la marque. Nouveau logo, nouveau ton, parfois nouveau nom. Burberry qui sort du cliché « marque de hooligans » pour revenir au luxe britannique, c’est du rebranding. Total qui devient TotalEnergies pour coller à une promesse multi-énergies, c’est du rebranding. Le risque est énorme, le gain potentiel aussi, mais seulement si le changement est aligné avec une réalité business, pas avec un slide de consultant.

Pour info, en agence on dit qu’un rebranding est « nucléaire » parce qu’il touche tout en même temps : façade des boutiques, packaging, site, applications, signalétique interne, documents RH. Là où une refonte se concentre souvent sur le système de communication visuelle et laisse intacte l’architecture de marque.

Cas d’école et je pèse mes mots : l’énorme backlash contre le logo GAP en 2010. Changement brutal de logo sans vraie histoire derrière, rejet massif, retour en arrière en quelques jours. C’est l’exemple parfait de rebranding sans stratégie. À l’opposé, la simplification progressive du logo Google par Google Creative Lab entre 1998 et 2015 reste un modèle de refonte fluide : mêmes couleurs, même esprit, mais une typographie repensée pour fonctionner sur tous les écrans.

Pour clarifier les deux options, un tableau vaut mieux qu’un long discours.

Type de changement Définition Quand l’utiliser Risques principaux
Refresh / refonte d’identité visuelle Mise à jour des éléments visuels (logo ajusté, nouvelles couleurs, typo, iconographie) tout en gardant le socle de marque. Quand la marque est encore pertinente, mais que le style est daté ou incohérent sur les supports. Travail à moitié fait, patchwork visuel si la charte graphique n’est pas respectée.
Rebranding complet Transformation globale de l’identité (visuelle, verbale, parfois nom) pour changer la perception du public. Quand le positionnement change radicalement ou que la réputation est durablement abîmée. Perte de reconnaissance, rejet des clients historiques, coûts de déploiement très élevés.

Du point de vue planneur stratégique, l’erreur fréquente consiste à choisir le rebranding par frustration esthétique. On se lasse de son logo, on a vu une tendance minimaliste sur Behance, on veut « faire pareil ». Mauvais signal. Une marque n’a pas besoin de tout réinventer pour rester désirable. Elle a besoin d’un fil rouge solide et de décisions visuelles cohérentes. Si vous deviez retenir une seule chose ici : on ne change pas de visage quand un coiffeur peut suffire.

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Quand une refonte d’identité visuelle devient vraiment nécessaire

Tiens, parlons de Claire, dirigeante d’une marque de cosmétique naturelle fictive, mais terriblement crédible. Au lancement, Claire propose des savons artisanaux à 8 € pièce, vendus en marchés locaux. Le logo a été dessiné par une amie, la palette pastel est mignonne, le site fait « petite marque sympa ». Cinq ans plus tard, l’entreprise vend en ligne, exporte, sort une gamme premium à 45 €. Problème : tout son univers visuel crie encore « hobby du samedi ». La dissonance est totale, les prix paraissent délirants par rapport au décor.

Ce qu’on ne vous dit pas en cours de marketing, c’est que cette dissonance coûte cher. Les prospects hésitent, la valeur perçue chute, les distributeurs doutent. Les signaux visuels ne sont plus alignés avec le positionnement. Dans ce cas précis, la refonte n’est pas un caprice, c’est presque une urgence.

Signaux forts qui justifient de se lancer

Première famille de signaux : le business a changé. Nouvelle cible, nouvelle gamme de prix, nouveaux pays. Quand Total devient TotalEnergies ou quand M6 se rebaptise en 6play pour une partie de son offre, ce n’est pas juste pour le plaisir du naming. Le périmètre réel de la marque a bougé. Si l’ancienne identité verrouille la perception dans une case trop étroite, la refonte d’identité visuelle sert à rouvrir le champ.

Deuxième famille : la mauvaise attraction. Les demandes entrantes ne correspondent plus du tout à l’offre. Un cabinet B2B haut de gamme qui continue de recevoir des prospects à 2 000 € de budget parce que son site ressemble à celui d’un freelance débutant, c’est un classique. Les codes graphiques envoient un message de gamme d’entrée, alors que la grille tarifaire, elle, a pris l’ascenseur.

Troisième point : l’incohérence généralisée. Un logo différent sur LinkedIn et sur les factures, trois palettes de couleurs en circulation, des présentations commerciales qui n’ont rien à voir avec le site. Toute la communication visuelle devient un patchwork. Là, le problème n’est pas forcément l’idée de départ, mais l’absence de charte graphique claire et de garde-fous. La refonte est l’occasion de remettre de l’ordre et de tout documenter.

Quatrième signal, plus vicieux : l’identité datée. Pas ringarde au point de faire rire, mais trop marquée par une époque. Le vieux dégradé de bleu façon Windows XP, la typo script vue et revue ou le faux 3D des années 2000. Netflix, Apple ou Spotify ont tous lissé leurs identités au fil des années pour éviter cet effet musée. Une marque qui n’évolue pas visuellement finit par sembler absente du marché, même si ses produits restent bons.

Les mauvaises raisons de tout changer

À l’opposé, certaines envies de refonte sont des drapeaux rouges. Se lasser de ses couleurs personnelles au bout de six mois, subir le syndrome « ma concurrente a refait son logo, il me faut la même chose », ou courir après chaque micro-tendance TikTok en design graphique n’a jamais sauvé un business. J’ai vu passer ce type de brief une dizaine de fois. Résultat : l’équipe interne ne suit plus, les clients ne reconnaissent plus la marque d’un semestre à l’autre, la confiance se fissure.

L’autre piège consiste à sur-réagir à un commentaire isolé. Un client trouve le logo « trop simple » ? Un directeur adjoint le trouve « pas assez premium » ? Ce sont des inputs intéressants, mais pas des raisons pour tout casser. Ce qui compte, c’est le faisceau d’indices : données de vente, feedback clients répétés, comparaison avec les concurrents, pas l’opinion de l’oncle graphiste du PDG.

Allez, on rentre dans la mécanique : la vraie question à se poser avant de parler budget et planning tient en une phrase. Est-ce que l’identité actuelle crée un obstacle concret pour la croissance de la marque ? Si la réponse est oui (rejet, incompréhension, décalage de gamme, incohérence), alors la refonte se justifie. Si la réponse est non et que seule une envie de nouveauté pousse, il vaut mieux s’orienter vers un ajustement léger ou travailler d’abord la stratégie de marque.

Un bon indicateur final : quand l’équipe interne n’ose plus montrer le site ou les présentations aux prospects, c’est qu’il y a un vrai problème d’image. Le jour où les commerciaux se remettent à être fiers de leurs supports, on sait que la refonte a tapé juste.

Les 6 étapes clés d’une refonte d’identité visuelle structurée

Derrière chaque refonte qui semble fluide pour le grand public, il y a une mécanique plutôt carrée. Une identité ne se change pas comme un fond d’écran. On touche à un système complet de branding où chaque modification de logo, de couleur ou de typographie va se répercuter sur le site, les réseaux, le print, parfois jusqu’aux uniformes. Pour éviter l’impro, six grandes étapes structurent en général le processus.

Étape 1 : audit de marque et état des lieux visuel

Première étape : arrêter de deviner. On inventorie l’existant. Logos en circulation, déclinaisons, palettes utilisées, typographies, styles de photos, pictogrammes, mais aussi perception clients. L’audit ne sert pas à sanctionner le passé, il sert à repérer ce qui fonctionne encore. Une couleur signature, un symbole fort, un ton de voix qui fait mouche sur les réseaux, tout cela peut devenir la base du nouveau système.

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Dans cette phase, on croise plusieurs types de données. Les statistiques du site (temps passé, taux de rebond), les performances des campagnes média, mais aussi la manière dont les gens parlent de la marque sur les réseaux. La fameuse « part de voix » donne un indice intéressant sur la place occupée dans le conversationnel du secteur. Une marque très commentée mais mal perçue n’a pas les mêmes besoins qu’une marque totalement invisible.

Tiens, un détail qui change tout : écouter aussi les équipes internes. Ce sont elles qui subissent au quotidien les incohérences de logo compressé ou de gabarits de présentation introuvables. Elles savent très bien où ça craque.

Étape 2 : cadrage stratégique et repositionnement éventuel

Deuxième étape, souvent bâclée quand on veut aller vite : poser à plat la stratégie de marque. Qui est la cible réelle aujourd’hui, quels sont les concurrents de référence, quel territoire la marque veut-elle occuper dans l’esprit des gens ? Sans ce cadrage, on fait du style sans direction. Nike, Evian ou Nivea ne se contentent pas de jolis logos : tout leur univers visuel découle d’une idée simple et forte, stable dans le temps.

Pour une PME, ce cadrage peut tenir en quelques pages, mais il doit exister. Valeurs, promesse, ton, preuves concrètes. C’est ce document qui évite de partir en moodboard Pinterest sans lien avec le business. Il décide si la refonte reste cosmétique ou si elle accompagne un repositionnement réel, par exemple un passage de « généraliste accessible » à « spécialiste premium ».

Étape 3 : exploration créative et territoire de design graphique

Une fois le cadre posé, place à la création. Moodboards, inspirations, pistes de logos, premières propositions de palettes couleurs et de typographies. Côté création, on appelle ça ouvrir le territoire. On teste une version plus minimaliste, une version plus expressive, parfois une piste très audacieuse juste pour voir jusqu’où on peut aller avant de perdre la reconnaissance.

L’exemple de la campagne Burger King « Whopper Detour » par FCB Chicago en 2018, accompagnée quelques années plus tard d’une refonte globale de l’identité gérée par Jones Knowles Ritchie, illustre bien la force d’un territoire visuel assumé. Tout est cohérent : logo rétro modernisé, couleurs chaudes, typographie maison. On sent une marque qui sait ce qu’elle veut dire et à qui.

À ce stade, le client ne choisit pas encore les détails, il choisit une direction. Lisse et technologique, chaleureux et artisanal, radical et urbain… L’objectif n’est pas de tomber d’entrée sur le logo final, mais de s’accorder sur l’ambiance, les codes, les niveaux de rupture acceptables.

Étape 4 : construction de la charte graphique

Une fois le territoire fixé, on entre dans le dur : construction de la charte graphique. C’est le document qui va rendre la refonte durable. Il précise les codes de la nouvelle identité visuelle : versions du logo, marges de protection, codes couleurs (RVB, CMJN, hex), typographies principales et secondaires, styles d’icônes, traitement photo, usage des motifs, etc.

Petit détour utile : les marques qui vieillissent le mieux sont rarement celles avec le plus beau logo sur le papier, mais celles qui appliquent leur charte avec rigueur. Google, encore lui, décline la même logique de boutons, d’ombres, de couleurs et de micro-animations partout, ce qui donne cet effet de famille immédiat entre Gmail, Drive ou Maps. La charte est le garde-fou contre le retour du patchwork dans deux ans.

Étape 5 : déclinaisons et préparation du lancement

Étape suivante, trop souvent sous-estimée dans le planning : adapter l’identité aux vrais supports. Cartes de visite, documents commerciaux, slides, site web, réseaux sociaux, PLV, façade, signalétique interne. C’est là que les tensions apparaissent. Un logo parfait pour un carré Instagram devient illisible en avatar LinkedIn, une palette pastel devient fade en impression, une typo trop raffinée ne passe pas en petit sur mobile.

On ajuste, on simplifie, on prévoit des gabarits. L’objectif est double : assurer une application cohérente partout et rendre les équipes autonomes pour produire du contenu sans réinventer la roue à chaque fois. Un kit social bien fait vaut mieux qu’un cinquantième argumentaire sur « l’importance de la cohérence ».

Étape 6 : déploiement public et contrôle a posteriori

Enfin vient le moment du lancement. Selon la taille de la marque, on peut organiser un reveal spectaculaire ou un déploiement discret, mais dans tous les cas, il doit être pensé. Une marque B2C forte aura intérêt à associer la nouvelle identité au lancement d’un produit ou d’une offre, histoire que le public associe ce nouveau visage à un bénéfice concret.

Soit dit en passant, le travail ne s’arrête pas au jour J. Un contrôle quelques semaines et quelques mois plus tard permet de vérifier que tout le monde joue le jeu de la charte. Sans ce contrôle, les anciens logos ressortent des placards, les vieilles palettes reviennent dans les slides, et la refonte perd en impact. Une identité visuelle, ce n’est pas une image, c’est une discipline collective.

Budget, risques et timing : ce qu’on ne vous dit pas toujours sur une refonte

Quand une direction générale demande « ça coûte combien de refaire l’identité ? », la seule réponse honnête commence par « ça dépend de tout ce que vous voulez vraiment toucher ». Le prix du logo en lui-même, même chez une grosse agence de branding, finit par peser moins lourd que le coût de déploiement sur l’ensemble des supports. British Petroleum qui dépense des millions pour son visuel soleil ou Xiaomi qui paye cher un ajustement quasiment imperceptible, ce sont des signaux assez clairs : l’objet graphique est une chose, le système qu’il entraîne en est une autre.

Pour une entreprise moyenne, trois facteurs pèsent vraiment sur le budget. L’ampleur de la refonte (refresh vs rebranding), la largeur de l’écosystème de communication visuelle (combien de sites, applis, boutiques, flottes de véhicules, packaging), et le niveau d’accompagnement demandé (simple livraison de fichiers ou vraie stratégie en amont, formation des équipes, suivi). Plus on touche de points de contact, plus la note grimpe.

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Les principaux risques à anticiper

Premier risque, évident mais souvent minimisé : l’aliénation des clients historiques. Une marque très aimée qui change brutalement de visage sans explication claire prend le risque du rejet. Le cas GAP le rappelle, mais on peut citer aussi certaines évolutions ratées de mascottes de clubs sportifs, immédiatement annulées sous la pression des fans. Une refonte réussie réconcilie l’ancien public avec une nouvelle ambition, elle ne les met pas devant le fait accompli.

Deuxième risque : l’incohérence pendant la transition. Ancien et nouveau logos qui cohabitent, campagnes média avec l’ancienne charte pendant que les réseaux sociaux ont déjà basculé, PDF obsolètes qui traînent. Pour un prospect, cela donne l’impression d’une opération bricolée. D’où l’intérêt de préparer un plan de bascule assez précis, même pour une petite structure.

Troisième risque, plus technique : casser tout le travail SEO et les réflexes de navigation en ligne. Un rebranding qui change d’URL, de structure de site, de nom de marque et d’icônes d’app en même temps doit s’accompagner de redirections solides, d’explications sur le site, et parfois d’une campagne pour réapprendre aux utilisateurs où cliquer. Sans ça, la courbe de trafic peut chuter brutalement, même si le nouveau site est objectivement mieux pensé.

Comment cadrer le budget de façon pragmatique

Pour éviter les mauvaises surprises, une approche fonctionne bien en pratique :

  • Lister tous les supports impactés par la nouvelle identité (digitaux, print, physiques) et les classer en trois niveaux de priorité.
  • Décider de ce qui bascule au lancement et de ce qui suivra plus tard, avec des dates cibles.
  • Allouer un budget non seulement à la création, mais aussi à l’adaptation des supports (intégration web, impression, signalétique, etc.).
  • Prévoir une petite enveloppe post-lancement pour corriger les imprévus et les retours terrain.

Mon avis là-dessus est tranché : une refonte au rabais, concentrée sur un logo envoyé par mail sans charte, sans planning de déploiement et sans formation des équipes, coûte plus cher sur cinq ans qu’un investissement plus conséquent bien pensé dès le départ. L’économie est illusoire, la marque paye en confusion et en temps perdu.

La vraie question n’est donc pas « combien ça coûte de changer de logo ? », mais « combien ça coûte de garder une identité qui freine la croissance, année après année ».

Aligner design, business et lancement : quand et comment appuyer sur le bouton

Revenir à Claire, notre marque de cosmétique, permet de boucler la boucle. Après cinq ans de bricolage visuel, elle décide de caler sa refonte sur le lancement de sa gamme premium internationale. C’est un bon réflexe : associer la nouvelle identité visuelle à un moment fort de la marque. Le calendrier se construit alors autour de trois jalons : fin de réflexion stratégique, validation du nouveau territoire de design graphique, puis déploiement coordonné avec la sortie de gamme.

Ce calage avec un événement business n’est pas obligatoire, mais il aide. Les clients comprennent mieux pourquoi la marque « change de tête » au moment où elle change aussi d’offre. Burberry qui revient sur les podiums de la Fashion Week avec une nouvelle identité, ou Pabst Blue Ribbon qui lance sa version premium en Chine avec un packaging radicalement différent, s’inscrivent dans cette logique : le nouveau visage incarne un nouveau chapitre d’histoire.

Préparer les publics avant le basculement

Un point souvent oublié concerne l’accompagnement des publics internes. Les équipes commerciales, le service client, les franchisés dans le cas d’un réseau, doivent être les premiers convaincus. Sans eux, la refonte reste un sujet de direction marketing. Des kits d’explication, quelques slides claires, des exemples avant/après et surtout le « pourquoi » derrière le changement font une énorme différence dans la manière dont la nouvelle identité sera relayée.

Côté clients, tout dépend de la proximité de la marque avec sa communauté. Une grande enseigne de retail peut se contenter d’une annonce sobre et d’un film de campagne. Une marque digitale avec une base engagée a tout intérêt à ouvrir un peu les coulisses, en montrant le travail de recherche, les prototypes, voire en faisant voter la communauté sur certains détails. Ce n’est pas un référendum, mais une manière d’associer les fans au mouvement.

Capitaliser sur le moment du lancement

Dernier point : une refonte crée un pic naturel d’attention. Ignorer ce pic serait dommage. Une série de contenus « avant / après », une explication claire des bénéfices pour le client, des offres limitées associées à la nouvelle identité, tout cela transforme un chantier interne en opportunité de communiquer différemment.

Considérez le lancement comme un prétexte pour réexpliquer ce que fait vraiment la marque, ce qu’elle ne fait plus, et où elle veut aller. Dans un environnement où tout le monde clame « nouvelle version 3.0 » sans grande différence, les marques qui osent dire précisément ce qui change – et ce qui reste – marquent des points.

Au fond, la vraie question à se poser avant d’appuyer sur le bouton est simple : si la marque devait être (re)découverte demain par quelqu’un qui ne l’a jamais vue, est-ce que cette nouvelle identité la présenterait enfin comme elle a envie d’être perçue aujourd’hui ? Si la réponse est oui, le moment est probablement le bon pour se lancer.

Une refonte d’identité visuelle impose-t-elle forcément un nouveau logo ?

Non. Beaucoup de marques conservent leur logo et travaillent plutôt sur la charte graphique autour : palette de couleurs, typographies, iconographie, style photo. Si le logo est encore reconnu et apprécié, le toucher peut même créer plus de risques que de bénéfices. La refonte vise surtout à remettre de la cohérence et de l’alignement entre image et stratégie de marque.

À quelle fréquence une marque doit-elle envisager une refonte de son identité visuelle ?

Pour une jeune marque en phase de construction, un premier ajustement sérieux intervient souvent après 2 à 3 ans, une fois le positionnement clarifié. Pour une entreprise établie, on observe plutôt des révisions tous les 7 à 10 ans, sauf changement de cap majeur. Le bon déclencheur reste moins le calendrier que les signaux de décalage entre perception et réalité du business.

Combien coûte une refonte d’identité visuelle pour une PME ?

Le budget varie selon l’ampleur du périmètre : simple refresh graphique ou rebranding complet, nombre de supports à mettre à jour, accompagnement stratégique ou non. Pour une PME, on voit des fourchettes de quelques milliers d’euros pour un travail limité à la charte et aux principaux supports digitaux, jusqu’à plusieurs dizaines de milliers lorsque boutiques, signalétique et packaging sont concernés. L’essentiel est d’intégrer dès le départ les coûts de déploiement, pas seulement la création du logo.

Comment éviter de perdre ses clients lors d’une refonte importante ?

Le meilleur moyen consiste à expliquer clairement la démarche, à montrer ce qui reste identique (valeurs, qualité, équipe) et à associer le changement à des bénéfices concrets pour le client. Prévenir en amont, déployer de façon cohérente et rester à l’écoute des réactions permet d’ajuster certains détails si besoin, sans remettre en cause tout le projet.

Peut-on mener une refonte d’identité visuelle en interne sans agence ?

C’est possible si l’entreprise dispose de compétences solides en design graphique et en stratégie de marque, ainsi que de temps disponible. L’enjeu principal devient alors la capacité à garder du recul et à produire une charte graphique exploitable par tous. Beaucoup d’entreprises choisissent un modèle hybride : réflexion interne, mais validation et formalisation de la charte avec un partenaire externe pour sécuriser le dispositif.

fred desurmont
Fred Desurmont
Ex-concepteur-rédacteur à Publicis Conseil puis DDB Lyon pendant dix ans, Julien Leroux écrit sur Anatomie des Médias les analyses qu'il aurait aimé lire quand il était stagiaire — sans complaisance pour les agences, sans déférence pour les marques, et avec une affection certaine pour les campagnes qui tiennent debout sur autre chose qu'un beau PowerPoint.

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