Médiamétrie est ce fameux nom qui tombe chaque matin dans les matinales médias, juste après la météo et avant le premier café : « TF1 en tête, France Inter progresse, Europe 1 recule… selon Médiamétrie ». Derrière ces chiffres qui font trembler les directeurs de chaînes et les régies pub, il y a une mécanique bien plus sophistiquée qu’un simple compteur branché sur une télévision ou une radio. Entre audimètres bardés de technologie, enquêtes téléphoniques massives et fusion des données TV + Internet, la mesure d’audience ressemble aujourd’hui davantage à de l’ingénierie de précision qu’à un sondage rapide.
Dans un paysage où la télévision se regarde autant sur smartphone que sur grand écran, où l’audience radio se fragmente entre FM, DAB+, streaming et podcasts, Médiamétrie a dû revoir sa copie en profondeur. Le Médiamat nouvelle version, opérationnel depuis 2024, tente de suivre les Français partout : à la maison, dans le métro, devant la télé du salon ou sur un écran d’ordinateur. Pour les gens qui montent des plans médias, qui arbitrent des millions d’euros en achat d’espace ou qui décortiquent les statistiques médias, comprendre comment cette mesure d’audience est construite n’est plus un détail technique. C’est littéralement la règle du jeu.
En bref
- Médiamétrie est l’institut de référence pour la mesure d’audience des médias en France depuis 1985, de la télévision à la radio en passant par Internet.
- L’audience TV repose sur le Médiamat, un énorme panel de téléspectateurs équipé d’audimètres et complété par un dispositif hors domicile.
- L’audience radio est mesurée via l’étude EAR, un mélange d’enquêtes téléphoniques et de panels équipés d’audimètres miniatures pour suivre les comportements réels.
- Les panels sont calibrés pour représenter la population française et servir de base aux tarifs pub, aux négociations et aux arbitrages de grille.
- Médiamétrie fait régulièrement face à des critiques sur sa transparence, ses conflits d’intérêts et sa capacité à suivre les nouveaux usages, mais reste la monnaie d’échange centrale du marché.
Mesure d’audience TV par Médiamétrie : du boîtier au chiffre qui fait ou défait une grille
Scène classique de réunion média : sur un écran, une courbe d’audience TV minute par minute. À 21 h 07, ça grimpe sur TF1, à 21 h 23, ça décroche sur France 2, à 21 h 48, pub. Tout le monde commente la petite falaise de fin de tunnel comme si c’était un match de Ligue des champions. Derrière cette courbe, il y a le Médiamat, la machine de guerre de Médiamétrie pour la télévision.
Le principe paraît simple sur le papier : un large panel de téléspectateurs représentatif de la population française, équipé de boîtiers capables de détecter en permanence la chaîne regardée. En pratique, ce panel, c’est environ 5 000 foyers, soit près de 11 500 individus de 4 ans et plus, recrutés sur des critères très serrés : âge, sexe, catégorie socio-professionnelle, type de réception TV (TNT, câble, satellite, IPTV), multi-équipement, zone géographique. Autrement dit, on ne vous installe pas un audimètre parce que vous avez été sympa au téléphone, mais parce que votre foyer permet de coller au millimètre à un segment de population défini par l’Insee.
Chaque téléviseur du foyer est relié à un audimètre, et chaque personne dispose d’une touche sur une télécommande dédiée. Quand quelqu’un commence à regarder un programme, il signale sa présence en appuyant sur son bouton. Quand il quitte la pièce ou décroche du programme, il se déclare parti. C’est assez scolaire sur le principe, mais cela permet de mesurer l’audience TV à la seconde, individuellement, et plus seulement par foyer comme à l’époque de l’Audimat des années 80.
Tiens, un détail qui change tout : le boîtier ne se contente pas de savoir que « quelque chose » est affiché. Grâce au watermarking, cette petite marque audio inaudible glissée dans les programmes, l’audimètre sait exactement quelle chaîne est regardée et à quelle heure le programme a été diffusé. Quand le signal reçu ne correspond pas à l’heure de diffusion initiale, Médiamétrie sait qu’il s’agit de différé, de replay ou de contrôle du direct. C’est ça qui rend possible les analyses du type « X % de l’audience de cette série s’est faite en replay à J+7 ».
Les boîtiers envoient leurs données entre 3 h et 5 h du matin aux serveurs de Médiamétrie, qui les retraitent, les redressent et les extrapolent à l’ensemble de la population. À 9 h, les chaînes, agences médias et annonceurs reçoivent les résultats. C’est ce qu’on entend partout sous le nom de Médiamat. Soyons honnêtes : une bonne partie des décisions de programmation, de renouvellement de séries, mais aussi de tarification pub, tient dans ces fichiers livrés au petit matin.
Depuis 2024, la portée du Médiamat a encore été étendue. On ne parle plus seulement de la télé du salon, mais d’une mesure « tous lieux, tous écrans, toutes temporalités » : domicile, hors domicile, mobilité ; téléviseur, ordinateur, smartphone, tablette ; direct, différé, replay et preview. Pour un planneur stratégique qui doit arbitrer entre spot TV classique et vidéo online, cette vision unifiée est une bénédiction, même si elle complexifie la lecture.
Cas d’école, et ce n’est pas un grand secret : une chaîne qui lance un nouveau prime sait désormais en quelques jours si le programme s’installe vraiment dans les usages, ou si l’audience ne survit que grâce au replay. Cela peut totalement changer la manière de négocier avec les annonceurs. Si vous voulez creuser les impacts sur les marques, un détour par des analyses de positionnement comme celles proposées sur ce type de décryptage de positionnement aide à relier contenu éditorial et valeur média.
La phrase à garder en tête ici : le Médiamat ne « compte » pas tout le monde, il observe un échantillon calibré et extrapole. Toute la confiance du marché tient dans la qualité de ce panel et des conventions qui l’encadrent.

Hors domicile, écrans internet, TNT gratuite : l’extension permanente du terrain de jeu TV
Le simple poste cathodique dans le salon, c’est de l’archéologie. Pour suivre la réalité des usages, Médiamétrie a rajouté couche après couche de nouvelles briques à sa mesure TV. D’abord, il y a le hors domicile : depuis 2020, un panel d’environ 4 500 personnes de 15 ans et plus se balade avec un audimètre miniature. Ce petit boîtier capte la même marque audio watermarkée que les audimètres fixes, mais dans les cafés, hôtels, salles d’attente, trains, résidences secondaires, bref partout où l’on croise un écran qui diffuse de la TV.
Ce point n’est pas anecdotique. Quand on planifie une campagne de foot en prime time par exemple, une part significative de l’audience TV se joue dans les bars, chez des amis ou dans des lieux publics. Sans cette brique hors domicile, les GRP (gross rating points, indicateur de pression publicitaire) seraient systématiquement sous-estimés. Pour les marques, cela veut dire des plans médias faussés et des arbitrages budgétaires à côté de la plaque.
D’ailleurs, la télévision gratuite française a elle aussi évolué. Les 24 chaînes de la TNT gratuite (TF1, France 2, France 3, France 5, M6, Arte, chaînes info, chaînes de la TNT historique et thématiques gratuites) sont toutes intégrées à la mesure. À cela s’ajoute le Médiamat’Thématik, qui suit plus de 120 chaînes thématiques, sur un bassin de près de 46 millions de personnes de 4 ans et plus. Autrement dit, le tableau de bord n’est plus un duel TF1 / France 2, mais un cockpit avec un nombre impressionnant d’aiguilles.
Pour simplifier, on peut résumer les différentes dimensions de la mesure TV actuelle dans un tableau :
| Dimension mesurée | Outil Médiamétrie | Ce que cela permet d’analyser |
|---|---|---|
| Visionnage à domicile sur téléviseur | Audimètre fixe Médiamat | Audience en direct et différé sur l’écran principal du foyer |
| Visionnage hors domicile | Audimètre miniature mobile | Consommation TV dans les bars, hôtels, transports, résidences secondaires |
| Visionnage sur écrans internet | Fusion TV 4 écrans | Programmes vus sur ordinateur, smartphone, tablette |
| Différé, replay, preview | Watermarking + conventions J+X | Part de l’audience réalisée après la diffusion initiale |
| Chaînes thématiques et TNT | Médiamat + Médiamat’Thématik | Poids des chaînes gratuites et payantes, affinités de cible |
Mon avis là-dessus est tranché : sans cette prise en compte des nouveaux écrans et du hors domicile, la mesure d’audience TV serait déjà obsolète pour la plupart des plans médias sérieux. On peut débattre de la finesse des outils, mais pas de la nécessité d’inclure tout ce qui ressemble de près ou de loin à un écran.
Pour ceux qui aiment les coulisses, des émissions comme « Culture Pub » (encore analysée sur des sites comme cette page dédiée à la mémoire publicitaire) racontent bien à quel point ces chiffres ont façonné les programmes et les stratégies de chaînes depuis les années 90. La différence, aujourd’hui, c’est qu’on est passé de trois chaînes généralistes à un univers éclaté, où la moindre niche peut exister si son audience est mesurable.
Au fond, toute cette sophistication sert une question très simple : combien de personnes ont réellement vu ce contenu, et avec quel profil ? C’est la base pour tout le reste.
Comment Médiamétrie mesure l’audience radio en France sans boîtier branché sur chaque poste
La radio, c’est une autre histoire. Impossible de coller un audimètre sur chaque autoradio ou chaque enceinte Bluetooth de cuisine. Médiamétrie a donc gardé pour l’audience radio un modèle centré sur des enquêtes déclaratives, complété depuis peu par des panels équipés. L’étude de base, c’est EAR (Etude Audience Radio), qui a succédé à la fameuse « 126 000 Radio ».
Concrètement, EAR > National repose sur un gigantesque panel d’auditeurs interrogés chaque année, des personnes de 13 ans et plus, tirées aléatoirement et appelées sur leur fixe ou leur mobile. Les enquêteurs leur demandent la veille : quelles radios ont été écoutées, à quelles heures, sur quels supports (poste traditionnel, autoradio, ordinateur, smartphone). Ces interviews sont assistées par ordinateur pour standardiser le questionnaire et limiter les biais.
L’année radio se découpe en quatre vagues de résultats : janvier/mars, avril/juin, l’été (juillet/août) et septembre/décembre. La « Grille Radio d’été » est à part, parce que les habitudes changent pendant les vacances : plus de déplacements, moins d’écoute au bureau, programmations musicales adaptées. Les chiffres publiés chaque trimestre agrègent plusieurs semaines de terrain, ce qui lisse un peu les aléas mais donne une image robuste des forces en présence.
La même logique se décline en régional et local avec EAR > Local, l’ex-Médialocales. Là, l’objectif est d’arbitrer des batailles beaucoup plus pointues : la petite généraliste régionale contre la grosse franchise nationale, la radio musicale locale qui cartonne chez les 13-24 ans mais reste invisible à l’échelle du pays, etc.
Petit détour utile : ce qu’on ne vous dit pas en cours de marketing, c’est que ces chiffres radio ne servent pas qu’aux animateurs qui veulent savoir s’ils « cartonnent ». Ils sont aussi la base de la tarification pub locale, des deals entre régies et agences, et de la stratégie d’implantation des réseaux. Une station qui perd 0,5 point de part d’audience radio dans une métropole, ce sont des centaines de milliers d’euros qui s’évaporent potentiellement sur une saison.
Là où Médiamétrie a commencé à changer la donne, c’est avec EAR > Insights. Depuis 2022, un panel de 5 000 individus de 13 ans et plus est équipé du même audimètre miniature que pour la TV hors domicile. Grâce au watermarking audio, ce boîtier identifie toutes les écoutes de radios qui ont accepté d’intégrer le signal, mais aussi les podcasts, livres audio et streaming audio suivis dans l’étude Global Audio.
On se rapproche ici d’une radiographie réelle des comportements, qui corrige certains biais de mémoire des enquêtes téléphoniques. Cas d’école, j’ai vu passer plusieurs plans médias où la découverte de la part réelle de l’écoute via smartphone ou via plateformes a totalement changé la distribution budgétaire entre spots classiques et formats audio digitaux.
Pour ceux qui débutent en lecture de ces études, trois notions sont clés :
- Cumul d’audience : part des personnes ayant écouté au moins une fois la station dans la journée.
- Durée d’écoute : temps moyen passé à l’écoute par auditeur.
- Part d’audience : part du volume d’écoute total captée par la station.
Une radio peut avoir un bon cumul d’audience mais une faible part d’audience si les auditeurs zappent vite. À l’inverse, une station plus confidentielle peut peser lourd en part d’audience grâce à une durée d’écoute longue. Du point de vue d’un acheteur d’espace, les deux paramètres n’ont pas la même valeur selon qu’on cherche de la couverture ou de la répétition.
Mon angle là-dessus : la radio est probablement le média où la combinaison déclaratif + mesure automatique est la plus nécessaire. L’enquête téléphonique garde la vision globale et historique, l’audimètre miniature apporte la finesse des comportements audio, notamment sur les podcasts. Ignorer l’un ou l’autre, c’est se priver d’une partie de l’histoire.
Panels, extrapolations et conventions : les dessous mathématiques de la mesure d’audience
Dès qu’on prononce les mots « panel » et « extrapolation », on sent parfois une légère méfiance côté annonceurs. Soyons clairs : toute la mesure d’audience TV, d’audience radio et des autres médias repose sur un principe simple mais exigeant. On observe un échantillon, puis on applique des coefficients pour remonter à la population complète. La question n’est pas de savoir si c’est « exact » au sens comptable, mais si c’est statistiquement solide et partagé par tout le marché.
Le panel de téléspectateurs de Médiamétrie, comme le panel d’auditeurs, est construit à partir de bases démographiques officielles. On répartit les foyers et les individus en cases : sexe, âge, CSP, région, taille d’agglomération, type d’équipement, etc. Chaque foyer du panel représente ensuite plusieurs centaines ou milliers de Français qui lui ressemblent statistiquement. Quand quelqu’un regarde une émission ou écoute une station, son comportement est compté et multiplié par le bon coefficient dans la base.
Les règles qui encadrent tout ça, ce sont les « conventions ». Médiamétrie ne décide pas seule. Des comités réunissant chaînes, annonceurs, agences médias et parfois institutions se retrouvent plusieurs fois par an pour définir la taille du panel, la façon de comptabiliser le replay, la méthodologie hors domicile, les dates d’application de nouvelles règles. Pour info, en agence on dit souvent que ces comités sont le « Parlement » de l’audience.
Tiens, un exemple concret qui a fait débat : l’intégration du différé et du replay dans l’audience TV. Avant 2011, seule l’audience en direct comptait vraiment. Depuis, l’enregistrement personnel (type box) a été intégré, puis le replay sur téléviseur et sur écrans internet, avec différentes fenêtres (J+1, J+7, etc.). Une série qui fait 15 % en live peut désormais afficher 22 % en audience consolidée à J+7. Pour une chaîne, cela change tout dans la narration faite au marché.
Du point de vue planneur stratégique, l’intérêt des panels tient aussi dans la possibilité de croiser les statistiques médias avec des variables marketing : type de foyer, affinité avec certaines catégories de produits, usages digitaux. C’est là que les mesures Internet de Médiamétrie, comme Audience Internet Global, viennent compléter le tableau. Un panel de 25 000 internautes de 2 ans et plus, équipés d’un logiciel qui suit leur navigation sur 7 000 sites et 1 000 applis, permet par exemple de savoir si un gros consommateur de SVOD a encore le réflexe TV linéaire ou pas.
Pour structurer un peu la réflexion côté annonceur, on peut résumer les grands types de panels utilisés par Médiamétrie :
- Panels « équipés » avec audimètres (TV à domicile, hors domicile, radio et audio global).
- Panels « logiciels » pour Internet (navigation sur sites et applications).
- Panels « enquêtes » déclaratives, réinterrogés régulièrement (EAR radio, études sur les usages).
Pas sûr que tout le monde soit d’accord, mais l’idée selon laquelle « il faudrait mesurer tout le monde, tout le temps » relève plus du fantasme que d’une vraie solution. Outre les problèmes de vie privée, ce serait inutilisable en pratique. Le panel, s’il est bien construit, reste l’outil le plus robuste pour éclairer des décisions médias concrètes.
Un dernier point trop souvent oublié : Médiamétrie ne fait pas que de la mesure brute. L’institut conduit aussi des études sur les usages (SVOD, podcasts, jeux vidéo, consommation illégale de vidéos, perception de l’intelligence artificielle, etc.). Ces études qualitatives et quantitatives permettent de donner du relief aux chiffres. Pour un stratège qui prépare une plateforme de marque ou une campagne structurante, croiser les audiences et ces études d’usages donne souvent les meilleurs insights.
Si vous deviez retenir une seule chose sur cette partie, c’est que les panels sont imparfaits par nature, mais que leur valeur tient au consensus du marché autour de leurs règles. Sans ce socle commun, chacun viendrait avec ses chiffres, et les négociations deviendraient vite un cirque ingérable.
Critiques, limites et enjeux de confiance autour de Médiamétrie
Dès qu’on confie à un acteur la mission de dire « qui regarde quoi » et que ça conditionne des centaines de millions d’euros de publicité, les suspicions arrivent rapidement. Médiamétrie n’y échappe pas. Au fil des années, l’institut a été accusé d’opacité, de lenteur face aux nouvelles technologies, voire de conflits d’intérêts, puisque son capital est détenu par les télévisions, les radios, les agences et les annonceurs eux-mêmes.
Mon avis là-dessus est simple : oui, les critiques ont parfois été utiles, et non, Médiamétrie n’est pas une sorte de grand complot industriel. Les crises de 2006 autour de la TNT ou le feuilleton judiciaire avec Sud Radio sur la mesure d’audience radio ont obligé l’institut à documenter davantage ses méthodologies, à ouvrir ses comités, à faire auditer certains dispositifs par des organismes tiers. La justice, jusqu’ici, a systématiquement validé la solidité globale de la méthode, même si cela ne veut pas dire que tout est parfait.
Le vrai sujet, aujourd’hui, se situe ailleurs. Quand Netflix, Amazon Prime Video ou Disney+ refusent de communiquer leurs chiffres ou de se soumettre à des panels, Médiamétrie se retrouve à devoir les mesurer par des moyens détournés, côté utilisateurs. Cela crée une asymétrie : les chaînes TV françaises sont nues sous la lumière du Médiamat, quand certaines plateformes restent dans le flou artistique. Pour un annonceur, cela rend la comparaison compliquée entre une campagne TV classique et un investissement massif en plateforme.
Soyons honnêtes : tant que les grandes plateformes internationales ne jouent pas avec les mêmes règles, la « vérité des chiffres » restera partielle. Médiamétrie a posé un premier jalon en annonçant qu’elle mesurerait certains services de SVOD même sans leur accord explicite, en s’appuyant sur ses panels Internet. Mais la portée exacte de ces mesures reste un sujet de tension régulier.
Côté gouvernance, le fait que le capital de Médiamétrie soit réparti entre plusieurs familles d’acteurs (télévisions, radios, agences, annonceurs, opérateurs télécoms) sans majorité absolue d’aucun bloc est censé garantir une certaine indépendance. Pour le dire sans langue de bois, cela garantit surtout que tout le monde a intérêt à ce que l’outil tienne la route, mais personne n’a intérêt à trop renverser la table.
On peut trouver cette situation frustrante. D’un autre côté, elle empêche un acteur unique d’imposer sa propre métrique au marché. L’alternative serait quoi ? Laisser chaque régie sortir ses propres chiffres maison, sans organisme arbitre ? Du point de vue des annonceurs, ce serait nettement pire.
Pour les jeunes pros qui arrivent sur le marché, le réflexe à cultiver est double :
- Connaître suffisamment les méthodologies de mesure d’audience pour détecter quand un chiffre est utilisé hors contexte.
- Accepter que les chiffres ne sont pas des certitudes absolues, mais des indicateurs construits, avec une marge d’erreur et des conventions.
Quand on lit, par exemple, des classements rétrospectifs des grandes campagnes TV dans des ressources comme ces archives de campagnes françaises, on voit bien qu’une part de l’impact tient à autre chose qu’au seul score d’audience. La notoriété spontanée, la conversation sur les réseaux, l’effet d’image longue durée ne tiennent pas intégralement dans un fichier Excel.
Le point clé pour finir cette section : Médiamétrie n’est ni un oracle ni un ennemi, c’est un outil. Puissant, discuté, indispensable, mais un outil. Les chiffres n’écrivent pas les stratégies à votre place, ils donnent le cadre à l’intérieur duquel vous pouvez prendre des risques intelligents.
Ce que les chiffres Médiamétrie changent pour les marques, les créatifs et les plans médias
Alors, tout ça pour quoi ? Pour un annonceur, un créatif ou un planneur, les données de Médiamétrie ne sont pas juste un décor technique. Elles conditionnent la façon de construire un plan média, de juger la performance d’une création, de défendre un budget auprès d’une direction financière. C’est là que la compréhension fine de l’audience TV, de l’audience radio et des statistiques médias Internet devient un vrai avantage compétitif.
Côté plan média, les indicateurs comme le GRP, la couverture utile, la répétition, l’affinité de cible sont tous construits sur les données Médiamétrie. Une campagne TV sur une grande chaîne généraliste n’a pas le même sens si votre cœur de cible est les 25-49 ans urbains CSP+ ou les 60 ans et plus ruraux. Médiamétrie vous permet de voir quelle chaîne, quel programme, quel créneau horaire surpondère votre cible, et donc où mettre l’argent plutôt que d’arroser au hasard.
Sur la radio, la différence entre investir sur un morning show national très puissant en cumul d’audience ou sur un drive local très fort en durée d’écoute tient dans votre objectif : volume de contacts ou construction d’intimité avec une communauté. Là encore, les chiffres EAR permettent de sortir de l’intuition et d’entrer dans la démonstration.
Côté création, et c’est sans doute la partie la plus sous-exploitée, l’analyse minute par minute des courbes d’audience TV donne des signaux intéressants. Une chute récurrente à chaque coupure pub sur une case horaire donnée peut signifier que les gens profitent systématiquement du tunnel pour décrocher. Un pic sur un jingle ou un élément de mise en scène peut être un indice sur la mémorisation. Évidemment, ce n’est pas une science exacte, mais beaucoup d’équipes créatives gagneraient à regarder ces courbes plus souvent pour nourrir leurs intuitions.
Du côté des marques, la montée de la TV segmentée et des ciblages plus fins rend encore plus stratégique la mesure d’impact. Médiamétrie commence à évaluer l’effet de ces campagnes adressées sur les audiences linéaires, ce qui permet d’éviter les doubles comptes ou les exagérations un peu optimistes. Pour des marques de luxe françaises, par exemple, l’enjeu n’est pas seulement le volume mais la qualité de l’exposition, comme le montrent certaines analyses publiées sur des sites dédiés à la stratégie comme ces cas de communication de marque.
Entre TV, radio, Internet, SVOD, podcasts et réseaux sociaux, la vraie bataille des prochaines années se joue sur la capacité à lire les chiffres de façon transversale, et pas média par média. Médiamétrie a commencé à organiser des ateliers cross média pub avec les régies, les agences et les plateformes pour aller vers une mesure plus unifiée. La question n’est plus « combien de GRP TV ? », mais « combien de personnes ont vraiment croisé le message, sur quel écran, et combien de fois ? ».
En gros, celui qui saura manier les chiffres Médiamétrie sans en être prisonnier aura un coup d’avance. Les chiffres donnent la topographie du terrain, mais ils ne remplacent ni l’idée, ni la stratégie, ni l’instinct. La pire erreur serait de lire les résultats comme une sanction, alors qu’ils peuvent être un laboratoire à ciel ouvert pour les campagnes suivantes.
Comment Médiamétrie choisit les foyers de son panel TV ?
Les foyers du panel TV sont recrutés pour reproduire la structure de la population française. Médiamétrie s’appuie sur les données de l’Insee pour répartir l’échantillon selon l’âge, le sexe, la catégorie socio-professionnelle, la région, la taille de l’agglomération et le type d’équipement TV et internet. Chaque foyer accepte volontairement d’être équipé, signe un contrat et représente ensuite un certain nombre de foyers similaires dans la population.
La mesure d’audience radio de Médiamétrie est-elle uniquement déclarative ?
Non. Le cœur de la mesure radio reste déclaratif avec l’étude EAR, basée sur des interviews téléphoniques. Mais Médiamétrie a ajouté EAR > Insights, un panel de 5 000 personnes équipées d’un audimètre miniature qui enregistre automatiquement leurs écoutes grâce au watermarking. Les deux dispositifs sont complémentaires : l’enquête donne la vue globale, le panel équipé apporte de la précision sur les comportements réels.
Depuis quand Médiamat prend-il en compte le replay et le différé ?
Le Médiamat a intégré l’audience en différé par enregistrement personnel et contrôle du direct en 2011, puis l’audience des programmes regardés en replay sur le téléviseur en 2014. Depuis, la mesure n’indique plus seulement l’audience en direct, mais aussi les audiences consolidées à J+X, ce qui est devenu décisif pour juger la performance réelle d’une émission ou d’une série.
Médiamétrie mesure-t-elle aussi les audiences Internet et SVOD ?
Oui. L’étude Audience Internet Global suit l’audience de milliers de sites et d’applications via un panel de 25 000 internautes dont la navigation est enregistrée sur ordinateur, mobile et tablette. Médiamétrie propose aussi des études spécifiques sur les usages de la SVOD, afin d’estimer le nombre d’utilisateurs, les plateformes les plus regardées et les types de programmes consommés.
Pourquoi les chiffres Médiamétrie sont-ils considérés comme la référence en France ?
Parce que l’ensemble du marché s’est accordé sur ces mesures comme base commune. Les chaînes, radios, agences et annonceurs participent au financement et à la gouvernance de Médiamétrie, et contribuent à définir les conventions de mesure lors de comités réguliers. Ce consensus ne rend pas la mesure parfaite, mais il en fait une monnaie d’échange partagée, jugée suffisamment fiable pour engager des budgets publicitaires et des décisions de programmation.
