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Marketing mix : des 4P aux 7P, comment le construire concrètement

Fred Desurmont


Une scène très quotidienne pour un directeur marketing : un comité produit le lundi matin, un plan média à valider le mercredi, et entre les deux un patron qui demande pourquoi « avec tout ce qu’on dépense en publicité, les ventes ne décollent pas ». Le mot qui finit par tomber en réunion, c’est souvent celui-ci : Marketing mix. Tout le monde hoche la tête, peu de gens sont capables de le poser proprement sur une feuille sans glisser vers un catalogue de vœux pieux. Pourtant, bien construit, le mix n’a rien d’un concept académique : c’est une check-list opérationnelle pour savoir quoi vendre, à qui, où, comment, à quel Prix, avec quels gens et quels Processus.

Ce cadre des 4P, puis des 7P, traîne dans les slides depuis les années 60. La plupart du temps, il est réduit à quatre bulles colorées : Produit, Prix, Place (la distribution) et Promotion (la communication). Ajoutez Personnel, Processus et Preuve physique, saupoudrez de jargon, et vous obtenez le plan marketing le plus oublié du drive partagé. Pourtant, quand on regarde comment une enseigne comme Decathlon ou une plateforme comme Netflix ajuste concrètement ses P, on voit vite que ce n’est pas un schéma théorique, mais un tableau de bord qui guide des décisions très concrètes : quel format de rayon, quel niveau de prix psychologique, quel message de pub à la radio, quel parcours client sur le site.

Ce texte prend un cas simple comme fil rouge, une petite marque de boissons sans alcool, appelée ici « Pétillante », qui lance une nouvelle gamme. L’idée est de montrer comment cette marque va utiliser les 4P, puis les 7P, presque comme un jeu de Lego : d’abord en posant les briques de base, ensuite en affinant chaque détail, de la recette au ton de voix des vendeurs. Au passage, plusieurs outils utiles seront évoqués, comme le cycle de vie du produit ou la manière de caler un plan média cohérent.

En bref

  • Le Marketing mix n’est pas un schéma de cours, mais un outil de pilotage très concret pour arbitrer chaque décision marketing, du Produit à la Preuve physique en passant par le .
  • Les 4P d’origine (Produit, Prix, Place, Promotion) restent un socle solide, à condition de les relier à la réalité du cycle de vie, de la concurrence et des contraintes de marge.
  • Le passage aux 7P oblige à intégrer l’expérience globale : qualité du service, scénarios de Processus et tous les signaux tangibles envoyés par la marque.
  • Un mix bien construit commence rarement dans Excel : il part d’une cible claire et d’un positionnement assumé, quitte à froisser quelques segments.
  • Sans cohérence entre les P, même une campagne très visible reste bancale : la bonne pub ne rattrape pas un mauvais produit ou une Place mal choisie.

Marketing mix et 4P : remettre le Produit au centre sans s’enfermer dedans

Petite scène de salle de réunion : le chef de produit arrive avec une nouvelle boisson, zéro sucre, packaging flashy, testée en quali. Tout le monde trouve ça « sympa ». On coche donc très vite la case Produit et on fonce sur la question du budget pub. Ce qu’on ne vous dit pas en cours de marketing, c’est qu’en agence, quand le produit est flou, tout le reste patine. Soyons honnêtes : aucun plan média ne sauvera une offre sans angle clair ni promesse nette.

Pour un mix orienté Produit, il faut détailler ce qui fait réellement la différence. Dans le cas de Pétillante, on parle de saveurs naturelles, d’un format canette pratique, et d’une recette ajustée pour le goût plus que pour la calorie. Côté création, on appelle ça un « bénéfice consommateur » : qu’est-ce que la boisson change dans la vie de la personne, au-delà d’étancher sa soif. Ici, il peut s’agir de boire quelque chose de festif sans alcool lors d’un apéritif entre amis. Si cette idée n’est pas cristallisée, chaque P suivant partira dans sa propre direction.

Petit détour utile par le cycle de vie du produit. Un lancement ne se gère pas comme une référence installée. Les premières années, on accepte un coût d’acquisition plus élevé, on resserre la gamme, on choisit des canaux de Place encore limités. Le cycle de vie influe sur le Prix (stratégie d’écrémage ou de pénétration), sur la Promotion (niveau d’intensité, types de formats) et sur la largeur de gamme. Pour un approfondissement, un article dédié au cycle de vie du produit permet de poser des repères chiffrés plutôt que de naviguer au feeling.

Autre élément du Marketing mix côté produit : la largeur et la profondeur de gamme. Faut-il trois parfums ou huit dès le départ ? Trop de références, et le linéaire devient illisible. Trop peu, et la marque laisse des ventes sur la table. Cas d’école, la gamme Coca-Cola (The Coca-Cola Company, différentes agences selon les pays, depuis 1982 pour la light) qui a progressivement empilé Light, Zéro, sans caféine, déclinaisons parfumées… Résultat, la marque a frisé l’indigestion, au point de devoir nettoyer sa gamme dans certains marchés pour clarifier l’offre.

Du point de vue planneur stratégique, la question clé reste la même : quel problème concret résout ce Produit pour une cible identifiée. Une boisson qui « plaira à tout le monde » ne parle à personne. Une boisson pour les 25-35 ans qui veulent trinquer sans alcool après le sport crée un socle bien plus robuste pour les autres P. Mon angle là-dessus est tranché : tant que le produit n’a pas trouvé sa phrase simple, presque oralisable en une accroche, le reste du mix reste prématuré.

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Un dernier mot sur le rapport entre produit et image : la tentation actuelle est de surinvestir la « mission de marque » et d’oublier le contenu réel de la bouteille. La campagne Dove « Real Beauty » (Unilever, Ogilvy, 2004) fonctionne parce que le produit de base reste correct. Un storytelling brillant sur une offre bancale crée de la déception, donc une dissonance qui finit par plomber la notoriété. Si vous deviez retenir une seule chose dans cette section, c’est que le P de Produit ne se règle ni sur Canva ni dans un post LinkedIn, mais dans la recette, la gamme et l’usage réel.

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Prix et Place : orchestrer tarif et distribution sans se tirer une balle dans le pied

Dès que le produit est un peu abouti, tout le monde se jette sur le slide « Pricing ». Et là, deux camps se forment : les partisans du prix bas volume, et les défenseurs du prix premium marge. J’ai vu passer ce type de brief une dizaine de fois : on veut un positionnement haut de gamme, mais on craint de perdre le client « sensible au prix ». Résultat, on finit souvent avec un milieu de gamme mou, ni assumé ni lisible.

Sur le Prix, trois angles doivent être croisés. Le premier, c’est le prix psychologique, celui que la cible considère comme acceptable avant même d’avoir vu une promo. Le second, c’est le prix du marché, celui des concurrents proches. Le troisième, ce sont les coûts réels et la marge espérée. Pour Pétillante, si la canette sort à 0,35 € de coût total, qu’on veut 40 % de marge distributeur et une marge marque correcte, on ne tiendra pas une étiquette à 0,49 € tout en prétendant à de la qualité. Il faut choisir entre stratégie de pénétration (prix agressif au début) ou écrémage (prix plus élevé, cible restreinte mais rentable).

Là où beaucoup se trompent, c’est en fixant un Prix uniquement « concurrentiel » sans articuler la valeur perçue. La campagne Apple iPhone X (Apple, TBWAMedia Arts Lab, 2017) a assumé des tarifs élevés, mais chaque élément de la Promotion et du packaging rappelait la promesse de technologie et de design. Si vous êtes plus cher que la moyenne, la plus-value doit être visible, répétée, démontrée. Sinon, le client se contente de comparer les chiffres, pas le sens.

Vient ensuite la Place, cette variable qui a l’air technique mais détermine si le client vous trouve, ou pas. Pour notre boisson Pétillante, le débat porte sur trois niveaux de choix : vente directe en ligne, circuits de proximité (épiceries, petites surfaces) ou grande distribution nationale. Chaque canal a ses contraintes de marge, de volume et de visibilité. La distribution directe via un site e-commerce donne plus de contrôle mais demande un investissement média fort pour générer du trafic. Passer par un réseau de grandes surfaces augmente la portée mais rogne la marge et impose des négociations commerciales musclées.

Tiens, un détail qui change tout : le choix des canaux de Place influe directement sur le reste du mix. Un produit destiné aux supérettes de quartier pourra miser sur des PLV simples et des promos locales. Une distribution via un réseau national demandera un médiaplanning plus lourd, avec TV, affichage, et digital coordonnés. Dans ce second cas, travailler avec une régie publicitaire en France bien implantée devient un passage obligé pour négocier les bons écrans et les bons formats.

Le Marketing mix vous pousse à regarder ce qui se passe sous le capot : un excellent spot TV ne compensera pas un produit introuvable en rayon. À l’inverse, une distribution parfaite d’un produit mal valorisé en linéaire reste décevante. On l’a bien vu avec certaines MDD premiums en GMS, très bien placées, mais dont le packaging et le Prix ne racontaient rien. Résultat : rotation moyenne, déréférencement discret, et on passe au lancement suivant.

Au fait, il existe une tension intéressante entre Prix et Place : plus le canal est « pratique » pour le client, plus il accepte en général de payer un peu plus. Le commerce de proximité détaillé dans de nombreux exemples de mix fonctionne précisément sur cette logique. Pétillante pourrait donc assumer un tarif légèrement supérieur en vente sur des petits points de vente urbains, en échange d’une disponibilité à deux pas du bureau. Ce jeu sur la commodité fait partie intégrante du mix, pas d’un simple ajuste­ment commercial.

La section suivante s’intéresse à la Promotion : comment relier ce qu’on a décidé sur Produit, Prix et Place à un discours publicitaire qui ne sonne pas faux.

Promotion et message : construire une communication qui colle vraiment aux 4P

Promouvoir, ce n’est pas seulement « faire de la pub ». C’est choisir les bons messages, les bons canaux, et le bon rythme pour que la cible comprenne ce que vous vendez, à quel Prix, pourquoi elle devrait s’y intéresser, et où trouver le produit. Mon avis là-dessus est clair : une bonne stratégie de Promotion se lit en miroir du reste du Marketing mix, sinon elle reste décorative.

Côté création, on appelle ça l’alignement proposition de valeur / exécution. Pour Pétillante, si la promesse implique une boisson festive sans alcool, le message devra montrer des moments de convivialité, pas une performance sportive solitaire. L’axe créatif doit faire exister le Produit et sa différence en moins de 10 secondes. Cas d’école, la campagne Orangina « C’est en secouant qu’on obtient le meilleur » (Schweppes, Fred & Farid, 2010) qui reliait directement un usage produit à un univers graphique décalé.

Ensuite se pose la question des canaux. Une stratégie efficace ne colle pas tous les médias possibles dans un tableau par peur d’en oublier un. Elle part du parcours réel du client : où découvre-t-il la catégorie, où vérifie-t-il ses infos, où décide-t-il. Pour une boisson, cela peut être un mix affichage proximité, réseaux sociaux (shorts, Reels), et présence en rayon avec des bandeaux bien pensés. Pour travailler la visibilité, un guide sur la publicité efficace

Allez, on rentre dans la mécanique. Une Promotion cohérente commence souvent par un message principal et deux ou trois messages secondaires. Par exemple, pour Pétillante :

  • Message principal : « Trinquer sans alcool, c’est possible et agréable. »
  • Message secondaire 1 : goûts surprenants, pas d’arrière-goût « light ».
  • Message secondaire 2 : disponible dans les commerces de proximité habituels.
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Chaque canal va ensuite prendre l’un de ces messages et le mettre en scène. Un film TV mettra en avant la convivialité. Une campagne en point de vente insistera sur la disponibilité. Des posts sociaux raconteront les coulisses de la recette. L’erreur classique consiste à raconter une histoire différente sur chaque canal au point que le client ne reconnaisse plus la marque d’un support à l’autre.

L’outil du plan média devient à ce stade la colonne vertébrale de la Promotion. Construire un plan média ne se résume pas à remplir une grille d’achats, mais à orchestrer des prises de parole. Pour ceux qui veulent creuser, un article sur la manière de construire un plan média propose une méthode pragmatique : cibles, objectifs, budget, puis sélection de supports et de formats. Du point de vue créatif, la contrainte média est un atout : un 6 m² ne raconte pas la même chose qu’un pré-roll de 15 secondes.

Une question revient souvent en réunion : « Est-ce qu’il faut être partout ? » Pas sûr que ce réflexe soit judicieux. Une campagne Sosh contre Free (Orange, Publicis Conseil, 2013) a montré qu’un travail précis sur TV, affichage, social et radio suffisait à installer une nouvelle marque, sans s’éparpiller sur tous les réseaux possibles. L’obsession d’être présent sur chaque plateforme finit par diluer les moyens, donc l’impact. Le rôle du Marketing mix est justement de concentrer l’effort là où la chaîne entière, du Produit à la Place, peut suivre.

En filigrane, la question de la mesure ne peut pas être évitée. Sans indicateurs, impossible de savoir si la Promotion renforce la perception du Prix (trop cher, juste, bon plan) ou la clarté de l’offre. Tests créa, études post-campagne, suivi des ventes : ces données permettent d’ajuster le mix au fil de l’eau. Mais elles ne remplacent pas le bon sens : si la promesse en pub n’a rien à voir avec ce que la personne vit en rayon ou sur le site, on crée du rejet.

On va maintenant glisser du côté des 7P. Parce qu’une boisson ne se résume pas au liquide dans la canette, mais à la personne qui la conseille, au parcours d’achat, et à tout ce qui rend la marque tangible.

Passer des 4P aux 7P : Processus, Personnel, Preuve physique au service de l’expérience

Le passage du Marketing mix 4P au 7P s’est fait surtout quand les services ont pris plus de poids, mais même pour un produit de grande conso, ces trois P supplémentaires deviennent décisifs. Le plus simple est de les regarder à travers l’exemple d’un service de streaming, autre cas classique de mix : la plateforme propose un Produit immatériel (des contenus), un Prix par abonnement, une Place purement digitale et une Promotion très visible. Pourtant, ce qui fait rester l’abonné, ce sont souvent le Processus d’inscription, la disponibilité du Personnel support, et la moindre Preuve physique (interface, emails, design de l’app).

Commençons par le Processus. Dans un 7P bien pensé, le processus, c’est à la fois la logistique, les scénarios d’achat, le service après-vente. Pour Pétillante, ça va du moment où la palette quitte l’usine jusqu’à la rotation en rayon, en passant par le réassort automatique. Pour un service numérique, c’est l’enchaînement aller sur le site / créer un compte / payer / consommer. Si une seule de ces étapes coince, le client décroche. Cas d’école, le lancement de Disney+ en France (Disney, 2020) avec une interface simple et un onboarding rapide, qui a rassuré des parents pas forcément technophiles.

Pour info, en agence on dit qu’un bon process client est « invisible » : la personne ne se rend compte de sa complexité que le jour où ça bug. Plus vos scénarios sont pensés en amont, plus vos équipes peuvent se concentrer sur l’humain, pas sur l’extinction d’incendies. D’où l’intérêt de lier ces processus à une vision marketing claire : un parcours ultra-simplifié pour une offre entrée de gamme n’a pas les mêmes exigences que pour un service B2B premium.

Le Personnel ensuite. On réduit souvent cette variable au service client, alors qu’elle touche tous ceux qui portent la marque au quotidien : commerciaux, vendeurs, community managers, équipe de relation presse. Dans un bar qui sert Pétillante, le serveur qui propose la boisson comme alternative à une bière alcoolisée incarne la marque plus fortement que n’importe quel spot. Même principe pour une banque qui lance une nouvelle appli mobile : les conseillers doivent être capables d’en parler avec des mots simples, sinon le lancement reste dans les communiqués de presse.

Le grand oublié du Marketing mix, c’est la formation. Développer les compétences commerciales et relationnelles du Personnel ne se fait pas avec un PDF envoyé par mail. Il faut des scripts, des jeux de rôle, parfois même des supports physiques. Dans certaines campagnes de téléphonie, des ateliers pratiques en boutique ont fait toute la différence pour l’adoption des nouvelles offres. Si vous travaillez votre promesse de marque au cordeau, mais que les gens en front ne savent pas la raconter, l’expérience en prend un coup.

Reste la Preuve physique. Dans les 7P, cela englobe tout ce qui rend la marque tangible : pack, PLV, site web, design d’app, carte de fidélité, tenues du personnel, décor du point de vente. C’est cette couche matérielle qui rassure ou inquiète, qui donne une impression de sérieux ou de cheap. Une Preuve physique soignée n’implique pas forcément un luxe tapageur, mais une cohérence. Un fast-food qui se veut écoresponsable avec des tonnes de plastique visible en salle envoie le mauvais signal.

Pour Pétillante, la Preuve physique passe par le design de la canette, la présence sur le site de la marque, la charte graphique sur les affiches de bar, voire le verre dans lequel la boisson est servie. Une couleur dominante, un ton graphique reconnaissable, des mentions claires sur la composition : tout cela fait partie du Marketing mix. L’exemple de la campagne « Whopper Detour » (Burger King, FCB New York, 2018) illustre comment l’app, les messages push, les restaurants et même les reçus se sont alignés pour raconter la même histoire.

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Pour visualiser la façon dont les 7P s’articulent entre eux, un tableau comparatif peut aider à sortir du schéma en cercles colorés :

P Question clé Décision concrète pour Pétillante
Produit Quelle promesse boisson offre-t-on vraiment ? Boisson festive sans alcool, trois parfums, canette 25 cl
Prix Quel positionnement tarifaire par rapport aux sodas classiques ? Prix légèrement supérieur à un soda standard, assumé comme plus qualitatif
Place Où le client la trouve-t-il le plus naturellement ? Supérettes urbaines, bars à tapas, e-commerce de la marque
Promotion Quel message principal à répéter partout ? « Trinquer sans alcool, sans renoncer au plaisir »
Personnel Qui porte la marque au contact direct du client ? Serveurs formés, ambassadeurs en soirée, community manager
Processus Comment garantir une expérience fluide de la commande à la consommation ? Logistique réassort bar, commande simple sur site, SAV réactif
Preuve physique Quels éléments tangibles rendent la marque mémorable ? Canette au design distinctif, verres de service, site aux codes graphiques cohérents

Au fond, ces trois P ajoutés obligent à regarder l’expérience client sur toute la longueur. Une marque qui néglige le Processus ou le Personnel se condamne à un marketing de façade. La prochaine section se concentre justement sur la manière de construire son Marketing mix pas à pas, sans en faire un exercice scolaire.

Construire son mix 7P concret pas à pas : de la cible au plan d’action

Plutôt que d’attaquer par un tableau vide avec 7 colonnes, mieux vaut partir d’une histoire : qui est le client, dans quelle situation, avec quel problème. Le Marketing mix devient alors un outil de structuration, pas une fin en soi. Dans le cas de Pétillante, on imagine par exemple Camille, 29 ans, qui sort du boulot et rejoint des amis au bar. Elle veut participer à l’ambiance sans alcool. Tout le mix va se construire autour de ce moment.

Petit retour d’agence : les meilleurs plans naissent souvent d’un document simple, une page, qui résume la cible, l’insight (ce que la personne ressent vraiment), la promesse et la preuve. Les 7P viennent ensuite valider que chaque décision opérationnelle respecte cette base. Par exemple, si la promesse est « trinquer sans alcool sans se sentir à part », le Produit doit ressembler esthétiquement à une boisson festive, le Prix doit rester dans la fourchette des cocktails soft du bar, la Place logique est le comptoir, la Promotion parlera de moments partagés.

Pour organiser les 7P en plan d’action, une méthode simple consiste à :

  • Formuler une phrase d’orientation pour chaque P, en langage courant.
  • Décliner cette phrase en 2 ou 3 décisions concrètes.
  • Attribuer un responsable et un délai à chaque décision.

Exemple rapide sur le P de Place : phrase d’orientation « Pétillante doit être visible là où Camille consomme déjà ». Décisions concrètes : test dans 20 bars partenaires, contrat avec une chaîne de supérettes, présence sur le site marchand avec livraison rapide en ville. Responsable : direction commerciale. Délai : 6 mois pour atteindre un certain nombre de points de vente. L’avantage, c’est que ce type de découpage évite le flou des formulations « développer la distribution » qui ne veulent rien dire.

Soit dit en passant, l’ordre dans lequel vous travaillez vos P n’a pas besoin d’être figé. Parfois, c’est un canal de Place opportun (un partenariat avec un festival, par exemple) qui va influencer la Promotion et jusqu’à un ajustement du Produit (édition limitée). L’important, c’est de vérifier à chaque nouvelle idée si elle renforce ou fragilise le reste du mix. Si une excellente opportunité média vous pousse à toucher une cible qui n’a jamais été prévue, il vaut mieux réexaminer la stratégie que se laisser aspirer.

Pour garder une vue d’ensemble, certains planners utilisent un calendrier marketing annuel. Il permet d’articuler les temps forts de Promotion, les lancements produit, les pics de distribution. Une ressource comme un calendrier marketing bien structuré peut servir de base, à condition de l’adapter aux spécificités de votre secteur plutôt que de suivre tous les marronniers à la lettre.

Dernier point critique : le lien entre mix marketing et positionnement de la marque sur son marché. Beaucoup d’entreprises définissent une position théorique (« premium accessible », « innovant et responsable ») qui ne se retrouve pas dans les 7P. Un guide pour positionner son entreprise sur un marché rappelle que la perception se construit dans les faits : un Prix, une Preuve physique, un ton de voix du Personnel, plus que dans les slides stratégiques. Si les 7P ne racontent pas la même histoire que le positionnement, c’est le terrain qui gagne, pas le PowerPoint.

En résumé de cette section, le Marketing mix ne devrait jamais ressembler à un tableau rempli à contre-cœur pour valider un plan. Traité comme un outil vivant, il devient un langage commun entre marketing, commercial, produit et communication. La vraie question à se poser régulièrement : « Est-ce que les 7P dessinent toujours la même marque, ou est-ce qu’on est en train de dériver sans s’en rendre compte ? »

Comment savoir si mon Marketing mix 7P est cohérent ?

Un mix cohérent raconte la même histoire sur chaque P. Relisez vos décisions pour Produit, Prix, Place, Promotion, Processus, Personnel et Preuve physique et vérifiez qu’un client pourrait reconnaître la même promesse dans tous ces éléments. Si vous êtes

Faut-il toujours utiliser les 7P du marketing ou les 4P suffisent-ils ?

Les 4P historiques suffisent pour cadrer une réflexion produit de base, surtout en B2C simple. Dès que l’expérience joue un rôle important (services, abonnements, retail physique ou digital complexe), ne pas intégrer Processus, Personnel et Preuve physique revient à ignorer la moitié de ce que vit le client. En pratique, beaucoup d’équipes commencent par les 4P pour poser les fondations, puis complètent avec les 3P restants dès qu’elles abordent le parcours client et le service.

Comment articuler Marketing mix et stratégie média concrète ?

Le mix fixe ce que vous racontez, à qui, et avec quelle promesse, le plan média définit où et quand vous le racontez. La séquence la plus saine est : clarifier Produit, Prix, Place, Promesse de communication, puis seulement ensuite travailler sur le médiaplanning. Les décisions média (TV, digital, affichage, radio, hors-média) se prennent en fonction de la cible définie dans le mix, du budget disponible et des objectifs commerciaux, pas l’inverse.

Les 7P fonctionnent-ils aussi pour une petite PME sans département marketing ?

Oui, à condition de les utiliser comme une grille de bon sens plutôt que comme un exercice académique. Une PME peut par exemple prendre une demi-journée et remplir les 7P avec des phrases simples, sans jargon. Produit : ce qu’on vend. Prix : combien et pourquoi. Place : où on le vend. Promotion : comment on en parle. Processus : comment on s’organise. Personnel : qui voit le client. Preuve physique : ce que le client touche ou voit. Ce travail, même basique, évite beaucoup d’incohérences coûteuses.

Comment prioriser les actions quand tous les P semblent à revoir ?

Dans ce cas, la priorité va au Produit et au Processus de base : proposer une offre claire, livrée sans frictions majeures. Ensuite, seulement, on s’attaque au Prix et à la Place pour sécuriser la rentabilité et la disponibilité. La Promotion, le raffinement des preuves physiques et la montée en gamme du personnel viennent après. Mieux vaut un produit correct, trouvable, au bon prix, avec une communication modeste, qu’une campagne brillante pour une offre bancale.

fred desurmont
Fred Desurmont
Ex-concepteur-rédacteur à Publicis Conseil puis DDB Lyon pendant dix ans, Julien Leroux écrit sur Anatomie des Médias les analyses qu'il aurait aimé lire quand il était stagiaire — sans complaisance pour les agences, sans déférence pour les marques, et avec une affection certaine pour les campagnes qui tiennent debout sur autre chose qu'un beau PowerPoint.

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